tu devras m'apprivoiser

tu devras m'apprivoiser
On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! (St Exupery)

samedi 4 mai 2013

Les rencontres -épisode 4

Dans la mini liste des "gens-que-j'aime" y'a aussi un cas à part. J'avoue que je ne savais pas trop dans quoi le caser, alors je vais le caser dans mes amis, quand même, même si... parce que

Mr Michel, c'est un cas. C'est un homme qui après s'être fait un peu trop enfumer par des femmes (principalement la sienne, qui est allée très très loin) a décidé que les femmes, c'est tout pourri. Pis c'est tout. Quand Mr Superman me l'a présenté, il m'a dit que ça allait être compliqué, mais qu'il pourrait me plaire. Parce que Mr Superman essaie de me raccrocher vaguement à la vie donc de me faire avoir un minimum de vie sociale, sur le principe si on est amis, mes amis sont tes amis. La 1ère fois que je l'ai vu, j'ai été un peu...heu... scotchée. Je me suis retrouvée face à une montagne, je ne sais même pas comment dire autrement. Un type gigantesque de 60 ans, qui dépasse les 2m, au format armoire normande mais alors très... comment vous dire... une 4 portes minimum, 200kg d'énervement, de muscles, de bourrelets (de coussins quoi)... Et une tête de catcheur. Pour ceux qui connaissent Hulk Hogan (celui de maintenant, pas la version jeunot) ben... le sosie ! Pour le regarder, je lève la tête. Haut. Avec mon mètre 70 (68 ? je perds des cm !) et mon gras, j'ai l'air d'une crabinouche devant un géant. Il a bien essayé de me faire peur, hein, mais je n'ai pas peur des ogres, j'ai peur des princes en collant. Et de me faire fuir aussi, par tous les moyens, et croyez-moi l'animal est ingénieux. Oui mais voilà, efficacité zéro, quand j'aime bien quelqu'un ça me tombe dessus comme un coup de foudre en somme, je sais que ça ne sert à rien du tout de lutter. Je lui ai dit que c'était inutile, je ne le détesterai pas, même si au pire il me détestait, lui. Il m'a sorti les pires vannes sur les femmes, enfin il pensait qu'il avait du répertoire. Je lui ai démontré que j'en avais aussi (parce que mine de rien, les femmes et moi, ça ne marche pas trop en général je sortais justement d'une amitié frelatée à base de gros mensonges alors...). Il m'a sorti tout son vocabulaire à base de sexualité trash (ancien militaire oblige), et m'a installée à table face à une poupée gonflable, façon "je vais t'apprendre les choses de la vie". Oui mais voilà, moi la vie je l'ai apprise bien trop tôt, alors pour me choquer... Je crois que finalement il s'est dit que je ne collais pas à la définition "fille" qui figure dans son dico, et il m'a adoptée. En grognant et en me montrant les dents. Mais je n'ai pas peur des loups non plus. Je l'ai amadoué avec des tas de petits plats faits avec amour. Il m'a définitivement fait craquer en me disant "pour une gonzesse, t'es un mec bien" :-) c'est un des plus jolis compliments qu'on m'ait fait !
Alors voilà, lui et moi depuis on s'est raconté plein de choses, sans se les dire vraiment. J'ai mis des pansements sur ses bleus à l'âme, il m'a laissée trifouiller le moteur de sa voiture et de sa moto. Il m'a tartinée de cambouis, j'ai mis des glaçons dans son caleçon. Je me suis adaptée à son univers d'homme sans femme, et il a accepté de m'ouvrir un peu la porte. Quand j'ai fait ma dépression, il a été là, quand il a divorcé dans un cahot indescriptible, j'étais à ses côtés.
En somme on a joué un peu aux vases communicants, je lui ai montré que pour une fille fragile et douce, je peux me montrer redoutable quand on s'en prend aux gens que j'aime, et il m'a laissé voir derrière sa façade de grand monstre teigneux le gros nounours qu'il essayait de planquer.
Vous savez quoi ? Forcément, quelque part, j'ai vu en lui le grand frère que je n'ai pas, enfin... que j'ai peut-être (je raconterai, un jour, comment les secrets de famille c'est très con, ça fait mal pour rien). Je lui ai dit. Il n'a pas de famille non plus, il a cru en avoir une, et puis finalement non. On a ça aussi en commun. Et aussi le fait que quand on est malheureux, on se ferme comme une huître. Je ne l'ai pas raconté je pense, mais quand j'ai fait ma dépression je suis restée des semaines sans vraiment parler. Je pouvais écrire, mais parler ça ne sortait pas. Lui c'est pareil. Ce qui fait qu'on est restés très souvent ensemble, toute une journée, sans s'adresser la parole. Je sais qu'il comprenait, et il savait que je comprenais. Pas besoin de +. On a aussi beaucoup pleuré tous les 2, on a eu de la peine, on s'est retrouvés le coeur en miettes en même temps. On a serré les dents, on a fait les courageux. On a fait de notre mieux pour s'empêcher mutuellement de couler
Alors vous allez vous demander pourquoi j'ai eu du mal à me décider à parler de lui. Parce que pour moi, ça ne fait aucun doute, il y est, il y reste, c'est mon ami, ma famille et ça ne souffre aucune discussion. Sauf que la vie nous fait parfois des crasses, un jour il est parti vivre dans le Nord, parce qu'ici il avait trop de mauvais souvenirs. Il partait avec Mr Superman et ça me rassurait. Et puis il a rencontré quelqu'un, a été amoureux, et moi j'ai été tellement heureuse pour lui. Sauf que -comme ça se passe à chaque fois : il a rompu le contact avec moi. Je savais bien que ça allait se produire, ça se produit toujours, y'en a pas un seul qui m'a démontré le contraire, je sais juste que c'est inévitable, et quand il y en a un qui me dit "mais non, pas moi" je ne dis rien, mais je sais ce qui va suivre j'essaie de sourire et je lui dis "si tu le dis". Mais je ne me fais aucune illusion. Alors ok je le sais, mais ça me fait de la peine quand même. Parce que j'espère toujours qu'il y en aura un qui sera différent... Sauf que non. Et puis ça ne s'est pas trop bien passé, et il s'est retrouvé célibataire à nouveau, et il est revenu vers moi. Enfin il a essayé, il a hésité, c'est un ami commun qui m'a dit qu'il n'osait pas faire le 1er pas. Moi je l'ai attendu les bras ouverts, j'ai fait le 1er pas et j'avais envie d'en faire encore des tas...mais il y a eu une cassure, et ce n'est plus pareil, quelque chose a changé et je ne sais pas quoi. On a cassé un lien quelque part, je ne sais pas où non plus. Je crois qu'il a eu le cerveau un peu empoisonné par un imbécile qui lui a dit que c'était gonflé de revenir à moi uniquement maintenant qu'il est à nouveau un peu malheureux. Qu'est-ce que je m'en fiche, hein... Moi j'ai juste envie de retrouver mon grand-frère, et je ne sais pas comment faire.
Je voudrais retrouver celui qui un jour m'a décollée de terre par surprise (j'étais terrifiée) parce que je lui avais dit en riant que ce n'est pas demain la veille qu'un homme me prendra dans ses bras et me portera, vu qu'il y laisserait ses lombaires, jamais un homme ne m'avait portée en fait....il m'a alors attrapée par surprise, fait décoller du sol comme si j'étais une brindille et m'a jetée en l'air littéralement pour me récupérer dans ses bras, ça m'a fait peur mais ça m'a aussi fait rire aux éclats
Je veux retrouver celui qui m'a laissé jouer sa fausse nouvelle copine pour tenir tête à sa femme, on avait sorti le grand jeu, on avait tellement ri. Je veux retrouver celui qui a explosé de rire quand je lui ai acheté un lapin en peluche électronique qui remue les oreilles et la queue suite à un petit pari entre nous. Je veux retrouver le mec qui est monté avec moi sur un manège, le mec qui m'a emmenée faire de la balançoire et celui qui a plongé en short hawaïen en faisant la bombe dans l'eau à 8° d'un étang local  en m'arrosant copieusement au passage.
Il me manque, beaucoup, je ne sais pas du tout comment remonter le temps et rétablir notre relation privilégiée. J'ai un chagrin immense parce que je n'arrive pas à renouer le fil, je ne sais pas si j'ai fait quelque chose de travers, alors dans le doute je me suis excusée, même si c'est pour rien.
Je suis prête à me rendre un peu beaucoup totalement ridicule et ça n'a pas du tout d'importance, ce qui est important pour moi ce n'est pas ma dignité mais de retrouver mon grand-frère d'adoption, parce qu'il me manque tellement

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