tu devras m'apprivoiser

tu devras m'apprivoiser
On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! (St Exupery)

dimanche 10 mars 2013

Les rencontres

Les rencontres j'en ai fait plein, trop. Des tas de gens pas bien du tout ont croisé ma route, tellement que je pense qu'on devrait inscrire ma performance dans le livre des records. Et puis parfois, je rencontre quelqu'un de bien.... ça ne m'arrive pas souvent. Du tout. Hélas. C'est même tellement rare que j'ai perdu l'espoir que ça arrive encore... Mais quand ça arrive, qu'est-ce que ça change ma vie !

A l'époque, j'étais encore chasseuse de cistes. Pour ceux qui prendraient le blog en route j'explique en 3 lignes : un site web, où des gens déposent une énigme, et l'énigme mène à une boite, cachée par la même personne, n'importe où dans la nature. Si vous résolvez l'énigme, vous allez à la recherche de la boite, y prenez un objet, en posez un en échange, et allez enregistrer votre découverte sur le site une fois rentré chez vous (vi parce que je n'ai pas de smartphone ni rien, je suis un dinosaure). Oki ? Bien. Je chassais donc la ciste, pour 3 raisons :
- parce que j'aime résoudre des énigmes, ça me fait travailler les neurones et ça m'occupe la nuit (vu que je dors tellement peu que ce n'est pas la peine d'appeler ça du sommeil)
- parce que je vis dans une région qui n'est pas la mienne, région où les gens ont l'air décidés à ne pas m'indiquer ce qu'il y a d'intéressant à voir. Offices du Tourisme compris. Grâce aux cistes, j'ai découvert des tas d'endroits étranges, amusants, des panoramas incroyables. Et des tas d'endroits sans intérêt aussi, c'est le jeu ma pauvre Lucette (*contamination maximale par la pub*)
- enfin parce que ça me donnait une excellente raison de bouger ma masse, de m'extirper de ma chaise, de recommencer à me prendre en main (je rappelle qu'à l'époque où j'ai commencé j'avais 60kg de + que maintenant environ)

Sauf que voilà, chercher des cistes toute seule, pas marrant-marrant... et puis quoi faire quand la ciste est cachée loin loin loin, et qu'il faut marcher très longtemps, toute seule, avec le risque que je fasse un malaise, ou que... Du coup me voilà à chercher des partenaires de cistes. Hélas, comme avec toute autre activité, je me rends vite compte qu'il y a des clans, des castes, des groupuscules... Je contacte plusieurs personnes, et comprends que ça va être impossible pour moi de trouver des gens sympa, qui ne sont ni des sportifs de haut niveau ni des drogués au truc, des gens qui ont juste la même optique que moi, c'est JUSTE un loisir comme un autre, et non, je n'ai pas forcément la possibilité de sortir sans arrêt, ça coûte trop cher pour moi, non, pareil, pas de resto de bon vin et je ne sais quoi non plus, un pique-nique ? non ? bon tant pis alors.
Je n'ai jamais vraiment raconté ma rencontre avec lui. Je me contente en général de donner quelques indications, on s'est vus, on a cisté ensemble. Voilà....
Mais c'est bien + que ça. Après 7 ou 8 contacts sans suite, j'allais renoncer à me trouver un partenaire de cistes. J'en tente un dernier, sans illusion. Un type me répond, de façon laconique. Plus froid tu meurs. Mais je ne sais pas, quelque chose dans sa façon de m'écrire.... il me demande si je veux qu'on se voie pour en faire une ensemble. Pourquoi pas ?! Au point où j'en suis, allons-y...Rendez-vous est pris, dans un parc. J'y vais presque à reculons, ce jour-là je ne vais pas bien un (ex) ami vient de me dire un truc vraiment méchant, j'ai plein de soucis en tête, je n'ai plus envie de voir personne, je n'ai plus confiance en personne, je suis si fatiguée, j'ai juste envie de pleurer, de me rouler en boule, et le parc à ce moment de l'année et cette heure...pas super sûr comme coin. J'arrive dans le parc en avance, parce que je suis toujours en avance, l'idée d'être en retard à quoi que ce soit me répugne. Je m'assieds sur un banc, et j'attends, en regardant le paysage. Enfin... je ne sais pas poser mes fesses sur un banc ou autre, comme les gens le font, vous savez, le position assise classique... quand je pose mon popotin sur quelque chose, en général je replie une jambe, alors pour le coup je change souvent de position (si, depuis j'essaie de me poser "normalement" mais ce n'est pas gagné), j'ai l'air de ne pas tenir en place. Je regarde les canards, les pigeons, les gens qui passent. Je suis certaine qu'il ne va pas venir (vu que je me suis décrite de façon honnête), ou qu'au pire il va venir juste pour voir le monstre et faire demi-tour sans me parler. Ou alors il va m'envoyer des vannes. De toute façon, ça va mal se passer, comme d'hab. Je vois un type s'avancer vers moi et là je commence à me dire oh non, pitié non-non-non... le mec avec le pantalon qui tombe des fesses, les lunettes de frimeur, la chaîne en or autour du cou... Argh.. le type m'aborde "bonjour mademoiselle, tu t'ennuies sur ton banc hein ?". Gloups... "allez mademoiselle tu viens je te paie un coca, je m'appelle Bouziane et toi c'est quoi ton nom" (je ne sais pas si c'est vrai mais quelqu'un m'a dit après qu'en arabe ça veut dire élégant, en voilà un qui portait très mal son prénom)... GLOUPS.... "t'attends qui là ? je vais te tenir compagnie, on va aller par là tous les 2 si tu veux..."....*colère*... je jette le type, qui n'apprécie pas, et commence à s'énerver. J'ai sorti la lacrimo. Et le cran d'arrêt. Parce que merde quoi. Après qu'il soit parti en m'insultant copieusement, j'étais remontée comme une pendule. J'ai jeté encore un ou 2 types pas nets, un intello de pacotille, un cradingue, un.... oh et puis ça va quoi, s'il n'est pas là pile à l'heure, je m'en vais. Je sors mon carnet et commence à gribouiller des petits dessins, histoire de me donner une contenance et surtout de me calmer un peu... A un moment comme l'heure approchait et que j'avais déjà été abordée par ce qui pouvait se faire de pire, je vois le fameux Bouziane revenir à l'attaque. Merdoum. Dans le même temps, dans le même angle de vue, juste plus loin dans la perspective, je vois un type s'avancer.. grand, carré, bien bâti, avec des poignées d'amour mais d'allure souple, un truc un peu félin quoi, qui porte des vêtements propres, simples, le type élégant même en jeans... Je me dis "tiens, ben voilà toi t'as droit à Bouziane, tu serais une petite poupée blonde tu aurais droit à un mec comme ça, mais non, tu vois, ça c'est pas pour toi, c'est pas ta catégorie, toi tu es une merde et tu as droit à...". Voilà que Bouziane cette fois me chope par le bras et m'oblige à me lever... J'étais super calme en fait, parce que j'en avais vraiment plein les bottes, et que de toute façon ma vie étant ce qu'elle est je pouvais parfaitement finir découpée en morceaux au fond du Doubs, ça ne ferait pas une grosse différence pour qui que ce soit, moi y compris. Pendant que Bouziane me postillonne copieusement des insultes en pleine figure, moi je n'ai d'yeux que pour celui qui s'avance derrière lui, plus rapidement il me semble, bon sang, autant l'autre là, c'est un crétin fini, que ce type a l'air... j'en sais rien, il marche de façon déterminée, j'aime son visage fermé, on dirait un bloc de marbre... et ses yeux, wow, même de loin on sent que ce n'est pas le mec tout mou avec un regard de mérou mort....*effet Jean Reno dans Leon*.... Bouziane me secoue un peu, et là j'en sais rien... parce que me secouer quand je suis en train de regarder le genre d'homme qui ne me regardera jamais, ben ça me casse un peu mon rêve. Et je n'aime pas qu'on me casse mon rêve... Le carnet est parti en 1er, percuter de toutes mes forces la face de rat de Bouziane-le-baveux, puis mon genou lui aussi est parti, en direction de ce qui devait lui manquer dans le pantalon (parce qu'un mec qui traite une femme aussi mal, on est tous d'accord, il n'a RIEN dans le pantalon, ni dans le crâne non plus), et enfin le crayon a suivi, j'avais l'impression que ça se passait au ralenti, bizarre comme sensation, je ne sais pas bien dans quoi je l'ai planté exactement le crayon, je dirais l'avant bras, mais ça a fait couiner le mec comme une fillette... mec dont la main s'est subitement levée pour me flanquer une gifle. Sauf qu'entre temps le type de l'arrière-plan, que je regardais toujours était arrivé à la vitesse de l'éclair, avait chopé mon agresseur par le bras, genre clé-au-bras avec main sur l'épaule qui lui pinçait je ne sais quoi à la base du cou et là, le Bouziane, il ne bougeait plus. Le mec me dit "permettez, 2 mn et je reviens, lui et moi on doit parler"... Il entraîne le mec de l'autre côté du mur d'enceinte, et pof, le voilà de retour même pas 1mn après. Il me demande si ça va. Heu... je sais pas, je me suis remise sur mon banc, tranquilou, j'ai ramassé mon carnet, mon crayon, j'ai même pas réalisé en fait... Le truc c'est que je pensais qu'il connaissait mon agresseur. Non, il l'avait juste entraîné à l'écart pour lui expliquer 2 ou 3 trucs sur la vie. Avec son poing sur le nez en somme. Mais ça je l'ai su après :-) Donc quand il me demande si ça va, oui, ça va,je sui juste énervée parce que mon rendez-vous n'est pas à l'heure finalement, et que j'ai cassé mon crayon. Il m'a bien fallu 3 ou 4mn pour me rendre compte que j'étais en train de lui répondre de façon assez incongrue, ... jusqu'au moment où mon cerveau reprend le contrôle sur celui reptilien et que j'entends les mots cistes, énigme... !!!!!!!!!! C'est LUI mon rendez-vous ??? Vraiment ??? Je le regarde, bouche grande ouverte, yeux écarquillés, version lémurien demeuré, et je lui dis -toujours sans y mettre toutes les voyelles- "mummffffruuuu vrrrreuzi ?"... il me regarde, perplexe. Je le regarde, gênée. Tout à coup il éclate de rire, ses yeux se plissent, il me fait un sourire et me dit "ok, on reprend depuis le début, mais cette fois il faut me mettre toutes les lettres dans les mots, parce que sinon c'est compliqué"
C'est comme ça que j'ai rencontré Superman. Pendant des semaines j'ai cru qu'il allait ne plus me parler à un moment ou un autre. Me détester. Je luttais désespérément pour ne pas du tout m'attacher à lui. Je m'attache aux gens, et puis après je suis malheureuse parce que ce n'est pas réciproque du tout, ce n'est jamais réciproque, alors autant me forcer et tenter de ne pas m'attacher.... J'en sais rien, mais je n'y ai pas cru, vraiment pas cru, pourtant on s'est revus, pour parler des énigmes. Et puis le temps a passé, on a cherché quelques cistes, on a pique-niqué, on a maraudé des pommes, on a marché dans les forêts, on a fait des siestes sous les pommiers et regardé les nuages, on s'est rapprochés, on s'est confiés, j'ai rendu les armes et baissé le pont-levis, nous sommes devenus amis, et peu importe les distances qu'il y a pu avoir entre nous, d'une certaine façon, nous ne nous sommes plus jamais quittés, et j'espère qu'on ne se quittera jamais. De toutes mes forces je l'espère

Plus tard, je lui ai reparlé de notre rencontre. De son point de vue, il m'avait repérée de loin, et avait aussi repéré la caricature d'animal de foire qui m'embêtait. Il avait pressé le pas, pour venir me défendre, mais avait été un peu désarçonné de me voir lui mettre une petite raclée de derrière les fagots. Il m'a confirmé qu'il n'avait pas eu trop de mal à m'identifier, parce qu'une fille qui est assise comme si elle faisait du yoga, c'était déjà pas courant, mais une fille en robe et talons dans un parc  non plus, et ça lui avait plu, surtout quand elle se transforme en ninja surexcité. Il m'a confirmé que je lui avais parlé dans une langue pas vraiment répertoriée dans les manuels, et que ça l'avait fait rire. Il parait que le Bouziane, je l'ai mordu. Je n'en ai aucun souvenir.
Il m'a dit qu'il avait vu mon regard se planter dans le sien, et que ça l'avait un peu remué, les gens ont plutôt tendance à fuir son regard.
J'ai demandé pourquoi il n'avait pas fait demi-tour en voyant mon physique. Il m'a regardée comme si j'avais subitement 3 têtes, et m'a rappelé qu'il s'est quand même acheté un cerveau, que s'il jugeait les gens c'était surtout sur leurs qualités, que mes mails lui avaient plu, l'avaient touché. Il avait vraiment eu envie de me rencontrer, mais avait eu peur que je sois rebutée par son mutisme, sa froideur. Il était persuadé que je ne viendrais pas, et qu'au pire je ne donnerais pas suite. Et que tant qu'à faire, mon physique, il lui convient parfaitement... ??!!??

Peut-être que dans l'océan de difficultés qu'est ma vie j'ai un genre de bonne étoile qui veille sur moi, d'une façon ou d'une autre. A chaque fois que j'ai rencontré quelqu'un qui m'a fait énormément de mal, juste après j'ai fait une rencontre magnifique en tous cas c'était le cas jusqu'à l'année passée et ma douloureuse expérience d'amitié frelatée... depuis je n'ai plus fait de vraie belle rencontre, et ça me rend triste, même si j'ai conscience que c'est un peu ma faute, j'ai relevé le pont-levis, mis des murailles et me suis enfermée dans mon donjon, par peur d'avoir à nouveau mal, ou de rencontrer à nouveau quelqu'un de toxique. 

En attendant, pour ce qui est des rencontres qui changent votre vie, ma rencontre avec Mr Superman, c'en est une. Et la + belle qui soit. Je souhaite à tout le monde d'en faire une comme ça, au moins une fois dans sa vie


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