tu devras m'apprivoiser

tu devras m'apprivoiser
On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! (St Exupery)

dimanche 7 février 2016

Je connais des bateaux...

Je connais des bateaux qui restent dans leur port,
De peur que les courants ne les entraînent trop fort
Je connais des bateaux qui rouillent au port
A ne jamais risquer une voile dehors


Je connais des bateaux qui oublient de partir
Ils ont peur de la mer à force de vieillir
Et les vagues jamais ne les ont emportés
Leur voyage est fini avant même de commencer


Je connais des bateaux tellement enchaînés
Qu'ils ont désappris comment se libérer
Je connais des bateaux qui restent à clapoter
Pour être vraiment sûrs de ne pas chavirer

Je connais des bateaux qui s'en vont à plusieurs
Affronter le grand vent au-delà de la peur
Je connais des bateaux qui s'égratignent un peu
Sur les routes de la mer où les mène leur jeu

Je connais des bateaux qui n'ont jamais fini
De partir encore chaque jour de leur vie
Et qui ne craignent pas parfois de s'élancer
Côte à côte en avant au risque de sombrer

Je connais des bateaux qui reviennent au port
Lacérés de partout mais plus braves et plus forts
Je connais des bateaux débordants de soleil
Quand ils ont partagé des années de merveilles

Je connais des bateaux qui reviennent toujours
Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour
Tout prêts à déployer leurs ailes de géants
Parce qu'ils ont un coeur à taille d'océan

Marie Annick Retif


Il a parcouru bien des océans, le coeur heureux, confiant. Il s'est fracassé sur quelques récifs, et puis un jour il est rentré au port. Il y est resté si longtemps, terrassé par la peur de ne plus jamais voyager, tout en se disant que le risque de s'échouer à nouveau c'était finalement peut-être trop cher payé.

Et puis un jour il a accepté de larguer les amarres, peut-être parce que plus grand chose à perdre... Il a dérivé d'abord un tout petit peu, puis m'a laissée le guider vers la mer, il s'est tourné vers l'horizon. Depuis nous naviguons, côte à côte, droit devant. Je ne sais pas si un jour sera à nouveau pleinement heureux et confiant. J'espère au moins lui avoir redonné l'envie de voyager...


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