tu devras m'apprivoiser

tu devras m'apprivoiser
On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! (St Exupery)

lundi 29 septembre 2014

Un an c'est long

Hier, ça a fait un an, une année où je me suis réorganisée, moi. Je traîne des valises trop lourdes depuis un quart de siècle, j'ai parfois trouvé des gens pour m'aider à les porter, mais personne encore ne m'avait dit de les poser, qu'on allait les ouvrir ensemble. Alors j'ai ouvert mes valises, ça fait mal, c'est compliqué, mais c'était nécessaire. Urgent même...

Un an plus tard je regarde la vie autrement. Je suis toujours en train de faire face à des tas de choses qui m'épuisent, ma santé n'est pas bonne, mon moral fluctuant, ma vie quotidienne pas simple du tout. Je suis plus sereine, plus détachée aussi, je ne m'implique plus comme avant dans un million de choses. 

Je suis donc partie du site de sorties dont je vous avais brièvement parlé sur ce blog, un peu + sur le blog privé. J'en suis sortie quand j'ai réalisé que ce site ne m'apportait rien, que c'est un peu comme sur internet, sur un forum, il y a les clans, les trahisons, les mesquineries. Je voulais sortir pour voir du monde, j'ai vu. Je n'ai pas aimé. Je voulais sortir pour apprendre, découvrir, je n'ai rien appris ni découvert que je ne puisse apprendre ou découvrir seule, ou par le biais de sorties type office du tourisme, nature & découverte, etc. Comment sortir avec des gens qui ne comprennent pas que vous ne pouvez pas vous offrir les mêmes sorties qu'eux ? Alors je suis partie.

Les envies reviennent, petit à petit, c'est fluctuant, j'ai envie de m'offrir un appareil photo correct, pas vraiment d'argent pour mais ça me fait envie. C'est bien d'avoir envie ! Je patouille toujours mes poupées, je fais un peu "d'art journal", et hier j'ai acheté une fiche de broderie. Si si... bon, pas vraiment envie de broder, faut pas pousser non plus, mais cette fiche je lui ai couru après pendant des années, la voir devant moi à 50cts c'était un peu comme une récompense... que je me suis accordée :-) Je lis toujours, énormément, je me gave de cinéma, je jardine un peu, j'ai réaménagé mon espace détruit par le chat du voisin. J'ai voulu en faire un petit havre de paix sous ma fenêtre, un espace sain, un espace pour lui et moi... et accessoirement les oiseaux et rongeurs du coin :-)  

J'ai découvert que beaucoup de mes souvenirs ont été détruits, entreposés dans un endroit humide, beaucoup de photos perdues, de petits objets sans valeur mais qui étaient tout ce que j'avais "de moi"... le choc a été rude. Déjà que je n'ai aucune famille c'était comme découvrir qu'on m'avait aussi volé mon passé, que j'ai eu tellement de mal à "recomposer" après mon AVC...  Depuis je scanne, je sauvegarde, je répare ce qui peut l'être. J'ai retrouvé une photo de moi de 1987... cette photo fait un étrange parallèle avec la dernière prise de moi. C'est une photo de photographe, la seule qu'il me reste de la série, en noir et blanc. Je suis dans un espace blanc, où il ne se passe rien. Elle n'a rien de spécial cette photo, à part qu'elle me ressemble. Sur les photos en général je ne suis pas "moi", je déteste être prise en photo, je ne suis pas du tout photogénique, je n'aime pas ma tronche (avec raison) et je trouve que les gens sur les photos sont laids, qu'ils "posent". Sur celle-ci je suis au naturel, pas un poil de maquillage, et j'ai le regard ailleurs. Je regarde vers le bas. Quelqu'un d'autre que moi n'y verrait rien de spécial. Mais moi je sais. Je sais qu'à ce moment-là de ma vie je sortais d'une histoire, une histoire difficile. J'attendais, mais je n'espérais plus grand chose. Je ne savais pas que quelques mois plus tard la vie mettrait quelqu'un sur ma route, que je croirai que j'allais vivre une grande et belle histoire, et que tout ça me serai retiré brutalement. Je dois avoir 2 ou 3 photos de moi "après", en 88, et on ne me reconnait déjà plus...
La dernière photo de moi est également cadrée bizarrement. Je suis au naturel, pas un poil de maquillage, et j'ai le regard ailleurs. Mais cette fois je regarde vers le haut. Quelqu'un d'autre que moi n'y verrait rien de spécial. Mais moi je sais. La vie et le temps ont fait leur oeuvre, j'ai terriblement vieilli, trop pour les 27 ans qui séparent les 2 photos. Il y a eu la maladie, les chagrins, les deuils, les désillusions, la fatigue. A ce moment-là de ma vie j'entre dans une histoire. Une histoire difficile. Mais une belle histoire, MA belle histoire, celle qui restera. J'attendais, je n'espérais plus grand chose, jusqu'à ce qu'il arrive. La vie a mis quelqu'un sur ma route, quelqu'un qui est venu tout changer. Je regarde droit devant, la photo est prise dans la nature, là où est ma place. 
Je déteste les photos de moi, mais celle-ci me plaît. Je ne me reconnais pas sur les photos depuis mon AVC. Je ne sais pas expliquer ça, mais celle que je vois dans le miroir je n'ai pas l'impression que ce soit moi, ça me faisait sursauter au début, je croyais qu'il y avait quelqu'un d'autre... Mais sur celle-ci, quelque part, je ME retrouve. Enfin... Grace à lui





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