tu devras m'apprivoiser
On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! (St Exupery)
lundi 30 septembre 2013
La mue
Comme je le disais dans le post précédent, j'ai changé....ça a commencé de façon imperceptible, et puis ça s'est accéléré.
J'ai lu un post sur un blog que je lis depuis...pfiou... je l'avais découvert en faisant ce que j'aime assez faire : sautiller de blog en blog par le biais des liens. Parfois on fait de jolies découvertes. Parfois aussi on croit qu'on a fait la découverte de sa vie et puis non... bref (c'est que j'ai un abonnement premium à la loose, moi, messieurs dames). Celui en question me plaît bien, sans savoir dire pourquoi. Pas le moindre lien ou centre d'intérêt commun entre cette personne et moi pourtant...
Je lisais donc ce blog, et dans le post du jour quelque chose m'a vraiment fait bizarre, quelque chose que j'aurais pu écrire. Depuis quelques temps les gens me font remarquer que j'ai changé. Pas faux. Je ne sais pas trop à quoi ça tient. L'article disait qu'on traîne souvent avec soi des tas de choses dont on a du mal à se séparer, qui finissent par devenir partie intégrante de nous, un genre de béquille ou de fondation et puis un jour ces choses disparaissent et on se sent bizarrement vides, déstabilisés, il faut faire face au manque qu'elles laissent, et aussi aux possibilités qui apparaissent à la place. Je me demande ce qui est le pire des 2.... Je sais, dit comme ça je conçois que ça ne semble pas très clair. Pourtant quand on vit la même chose, c'est juste lumineux. Au point que je hochais de la tête toute seule comme une gourde devant mon écran. Elle expliquait qu'elle se sentait quelqu'un de marginal, intrinsèquement on va dire, qui ne peut plus rentrer dans le moule et n'a même pas du tout envie de se forcer à essayer y entrer. Je me suis surprise à rire comme une folle (mais un rire...rha...je ne sais pas...un rire entendu disons) quand elle dit qu'elle s'est mise à regarder le monde comme un pigeon hébété. J'aurais eu du mal à trouver une meilleure image. Hébétée je suis, tout comme elle l'a été découvrant subitement qu'elle n'aime plus ce/ceux qu'elle a aimé, n'a plus ni les mêmes envies ni les mêmes valeurs qu'avant, ne cherche plus à tout prix à trouver SA place... bon sang c'est tellement ça. Même âge que moi. C'est peut-être un cap après tout ? J'étais presque mal à l'aise de lire son article, un article que j'aurais aimé savoir écrire si j'avais eu son talent. Sauf que non, je n'ai même pas ça. Zut.
Je me suis dit que j'allais m'appuyer dessus pour (tenter d') expliquer ce changement que vous avez ressenti.
Ce qui m'arrive c'est que j'ai changé "d'une certaine façon", pas "moi-moi" mais mes envies, mes attentes, ma vision de "moi par rapport aux autres". On en reparlera. Ou pas.
Je crois que tout a commencé quand Mr Superman m'a aidée à faire le deuil de ce qui aurait du être ma vie. Je traîne ça comme un boulet depuis tellement longtemps, la moitié de ma vie. C'est long. Trop....
Il y a eu aussi la trahison de trop, celle qui n'est pas passée et ne sera jamais digérée complètement parce qu'elle a laissé une cicatrice trop profonde.
En fait pour résumer j'ai commencé à changer quand mon petit groupe d'amis hommes s'est installé dans ma vie. C'est un peu comme si j'avais compris que je pouvais enfin enlever les petites roues de mon vélo, parce que si je tombais il y en aurait un pour me ramasser, un autre pour me mettre du mercurochrome (le pansement des héros... pub horripilante mais efficace grrr), et un 3ème pour me consoler. Et que les 3 n'hésiteraient pas non plus à me jeter sur le vélo illico pour que je ne reste pas sur un échec, ni à m'apprendre avec une infinie patience à garder l'équilibre et à rouler droit. Je leur ai dit d'ailleurs. Je leur ai dit texto "grâce à vous je peux enlever les petites roues de mon vélo". Et ils n'ont pas pigé sur le coup, forcément... mwahaha (mais ça ne les dérange pas non plus que je leur dise des choses étranges) et m'ont regardée avec de grands yeux de lémurien sous fumette - je me dis qu'ils ont quand même beaucoup de courage pour supporter moi-la-bizarre
Avant, je me ramassais sans arrêt. En amour, en amitié, tout le temps. Je mettais un espoir fou dans chaque nouvelle rencontre, dans chaque défit, chaque aventure : je voulais tellement que cette fois ce soit quelque chose de bien, de beau, de vrai. Je sais que c'est pathétique, mais c'est comme ça. Le nouveau moi a déplacé ses espoirs
Il y a eu l'assoc que j'ai osé envoyer promener, le "moi d'avant" aurait juste baissé les bras, sauf que là j'ai repris la même activité, autrement. Je peux me passer de structures, je me fiche que ça me coince socialement en local. Je veux faire les choses bien, avec intelligence et intégrité, sinon c'est comme aller chez E..aüs un jour et découvrir qu'ils sont en train de faire un banquet avec plein de champagne et de foie gras alors qu'ils ont fait un larmoyant appel aux dons la veille (ça sent le vécu ? c'est du vécu, je peux même donner l'adresse à la demande)
Pour l'amour c'est pareil... l'amour bas de gamme, ça craint. C'est moche. Là aussi il y a eu ce moment où je me suis rendu compte que les hommes croisés sur le web (à part les brouteurs et les serial f...ers qui sont à eux seuls une bonne partie de ceux rencontrés mais on sait vite que ce sont des mecs à éviter) préféreraient toujours une flopée de relations virtuelles (avec des poupées qui leur mentent) à une vraie rencontre, que ça n'avait rien à voir avec mon physique mais avec le fait que ce sont des mecs qui sont seuls parce qu'il y a une raison logique à ça, et que j'étais la seule à mettre mes tripes sur la table dans l'équation, eux se contentent de mater, de rêvasser, pour faire du rien, et n'avoir à la sortie rien de concret. Les sites, les copines qui font des expériences navrantes, tout ne ramène qu'à la dure réalité. Le mec veut avoir son petit harem virtuel de filles qui lui racontent tout ce qu'il a envie d'entendre, il sait que ce sont juste des mots ou des photos, mais pourtant il préfère ça....ça flatte son égo et il ne veut au final rien d'autre que rêver à ce qui aurait pu se passer, ou pourrait si un miracle se produisait (mais oublie de se regarder objectivement dans la glace)... alors que moi je suis sur un autre chemin, je veux du vrai, du vécu, même un peu foiré, je veux de la peau, je veux de la chaleur... ce qui ne veut pas dire que j'ai l'intention d'attacher quelqu'un, ce n'est pas dans ma nature. Ce que je voulais c'est pouvoir fermer les yeux le soir, et m'endormir (je peux dormir, j'y arriverai... un jour) en toute sérénité en me disant qu'il est là, même loin peu importe, mais qu'il est vraiment là, impliqué et complice. Qu'on vit une belle histoire. Une histoire vraie, pas une histoire pour l'occuper quand il a le temps, l'envie, ou que les autres se sont lassées. Je ne veux pas un anonyme qui me traitera en viande consommable parmi d'autres. Rien que ça, ça m'a pris tellement de temps...un temps infini. J'ai eu l'impression de construire la muraille de Chine en Lego. M'enfin ça va, maintenant je n'ai plus d'illusion, je ne me laisse plus avoir par un mirage et je sais que je suis dans le vrai :-) alors depuis je vais bien
En amitié même topo : je pensais que je ne valais pas grand chose, donc je prenais tout ce qu'on me donnait, même l'artificiel, même l'intéressé parce que je ne valais pas mieux, même le minable, l'amitié au rabais. Et puis il y a eu le jour où je me suis dit que je valais mieux que ça merde à la fin. Mieux que ces amours qui n'en sont pas, mieux que ces amitiés qui profitent ou ces connaissances qui me prennent pour un distributeur, la cantine municipale, SOS amitié à 3h du mat, blablapotin quand on a rien d'autre à faire. J'ai décidé que je préférais être seule que mal accompagnée en somme, même si je ne rêvais que d'une chose, qu'on m'accompagne bon sang. J'ai arrêté d'espérer et d'attendre. J'ai pris ma vie à pleines mains comme on arrache une page dans un cahier, j'ai tout froissé, tout mis à la poubelle, j'ai pris un nouveau carnet et je me suis dit que c'était aujourd'hui le 1er jour du reste de ma vie, que je ne voulais plus gâcher un seul instant parce que le temps j'en ai peu et qu'il file à toute allure. Si quelqu'un m'aime, qu'il me le dise, mais surtout qu'il me le montre, qu'il me le prouve même tiens. Je ne veux plus aller chercher, je veux qu'on vienne me chercher. Je veux qu'on m'apprivoise, qu'on prenne le temps, qu'on me fasse battre le coeur. Je veux des amitiés et des amours à ma taille, je veux du XXXL. Je ne ramasserai plus les miettes de biscuit qu'on me jettera avec condescendance. Je veux la coupe de glace, je veux la chantilly, la petite cerise en haut, les vermicelles en chocolat, la cigarette russe croustillante et même le petit parapluie fluo piqué dans la coupe. Sinon non merci, j'ai déjà mangé jusqu'à plus faim les restes qu'on m'a jeté ! ah mais... J'ai fait comme la fille de ma copine m'a expliqué pour bouder : j'ai dit non, j'ai tapé du pied, j'ai soupiré, haussé les épaules, et j'ai avancé la babine dans une moue qui signifiait que ça allait bien maintenant mais bon la récré est finie.
Je me suis dit que j'allais me ramasser. Pas grave, je trouverai bien un moyen de me reconstruire, même mal, même en faisant semblant que tout va bien. Et sinon tant pis, ça ne pouvait pas être pire de toute façon. Et c'est là curieusement que ma vie a commencé à changer. J'ai dans ma vie des gens fabuleux. Peu mais vraiment des gens extraordinaires. J'ai rencontré (avec pour ma part la peur qui me vrillait le coeur et le ventre) depuis quelques mois pas mal des gens qui me lisent en France et pays limitrophes, et en grande majorité les rencontres ont été si belles que ça m'a fait oublier les autres, tous ces ratés, ces loupés, les fois où j'ai trébuché. Je viens de faire également de belles rencontres, comme j'en rêvais sans plus trop y croire, mais vraiment belles hein, des rencontres étonnantes de gens totalement originaux ou à l'opposé des gens très simples et vrais, des gens qui se comportent enfin bien avec moi, qui me disent des choses gentilles, me font des confidences pas faciles en guettant l'air inquiet pour savoir si je ne vais pas partir en courant. Ben non. Des petits mots très doux pour me dire que notre rencontre c'était bien. Des messages pour me dire qu'ils ont vu au delà de la carapace. Pour me dire qu'ils ont aimé les moments passés ensemble. Et parfois un petit message timide pour demander "on se reverra ? quand ?". J'ai même dit à un que trop déçue ce serait désormais difficile de m'approcher de trop près, parce que comme le renard du Petit Prince si on veut devenir mon ami il faudra y mettre le temps et les formes, histoire de m'apprivoiser... je ne fais plus confiance, je ne peux plus. Et il m'a répondu "j'ai tout mon temps, et si je ne l'ai pas je prendrai quand même tout le temps qu'il faudra. Parce que ça en vaut la peine", le tout accompagné d'un très joli sourire.
Je ne veux plus de relation médiocre, je fais beaucoup d'efforts, j'en ai fait toute ma vie, il est grand temps que les efforts soient partagés et surtout réciproques. On vient de me prouver que c'est possible. Je veux être heureuse, parce que j'y ai droit. Parce que je sais me réjouir de peu, mais que je ne veux pas me contenter de peu. Ma vie change parce que JE change. A 43 ans, il était presque temps vous ne croyez pas ?...
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Je pense savoir quel post t'as interpelée et je comptends pourquoi et je peux te dire que le tien et tout aussi "troublant" :-) il n'y a pas d'âge pour changer...on avance, on tombe, on régresse parfois, ou du-moins on le croit, mais c'est juste le passage à une autre étape de notre évolution personnelle. C'est beau et c'est fort !
RépondreSupprimerBiz
PaoDora
Solange (le blog dont je parle) écrit très bien, et suggère aussi beaucoup, elle a un talent pour écrire et pour me "secouer" aussi parfois, c'est fou de voir comme quelqu'un qu'on ne connait pas le moins du monde et qui est si différent de nous peut écrire quelque chose qui se calque parfaitement sur ce qu'on vit...
RépondreSupprimeren tous cas ce qui m'arrive en ce moment me surprend beaucoup, je ne pensais pas avoir encore l'envie de sauter dans le vide sans parachute ... c'est certainement aussi parce que j'ai mes 3 meilleurs amis qui sont là, avec le grand drap tendu pour me récupérer si je me plante et que je découvre que finalement je n'arriverai pas à voler :-) Reste à déterminer si je dois crier Banzaiiiiiiii ou Géronimoooooo en sautant. Tant que je ne crie pas Waterloo tout va bien... Mwahaha ^^
Bisou-bisou
Nath
Oui c'est bien S. ;-)
RépondreSupprimerPour le saut, argh argh argh à toi de vooiiiiiirrrrrrr, lol
PaoDora