La rentrée, c'est tout bonnement gé-nial.... mmm ? personne ne me croit ?.... mais pourquoi donc ? Auriez-vous une rentrée aussi pourrie que la mienne ? Dans ce cas, ben... je compatis
- pas de vacances pour moi, mais tout le monde rentre, est sur les nerfs, et m'envoie des remarques genre "non mais attends tu n'imagines pas le stress que c'est, il faut tout ranger, tout laver, et on était si bien en vacances, il faisait beau, maintenant il faut se réhabituer etc etc". Ben non, j'imagine pas. Mais j'aurais bien aimé -moi- avoir des lessives et autres à faire en rentrant de vacances. Parce que ça voudrait dire que je suis partie... *vas-y, déguste, c'est gratos*
- pas d'enfant, et tout le monde m'envoie des remarques genre "non mais attends tu n'imagines pas le stress que c'est, il faut tout préparer, tout acheter pour la rentrée, aller rhabiller les enfants, et le stress de l'école qui va recommencer, c'est toute une organisation etc etc". Ben non, j'imagine pas non plus. Mais j'aurais bien aimé -moi- connaître le stress de la rentrée, parce que ça voudrait dire que j'aurais la chance d'avoir des enfants, et pour avoir un enfant j'aurais supporté bien pire que le cauchemar de la rentrée... enfin bon, c'est vrai, je ne saurai jamais puisque -moi- je n'ai pas d'enfant *déguste encore, ça me fait plaisir*
- pas d'argent, je galère à mort pour colmater les brèches, et hier je me coltine une fille qui me dit "non mais attends, tu n'imagines pas, je vais recevoir l'argent de la rentrée scolaire de mes 2 petits, et comme ils sont en primaire j'ai pas tant à dépenser que ça, et puis ils se refilent des trucs, récupèrent ceux de leur grand frère, je suis trop contente je vais pouvoir m'offrir des trucs avec le pognon...je crois que je vais me payer un spa" j'ai grincé des dents, elle a été vexée. En même temps c'est sûr, j'imagine pas non plus, parce que si j'avais des gosses et que l'allocation ne passait pas en entier dans la rentrée, je mettrais de côté le surplus pour + tard, pour quand ils feraient des études, pour les aider à débuter dans la vie + sereinement, mais ça je ne peux pas l'expliquer à la fille vu qu'elle me fait 5 ou 6 fois dans l'année des retapes pour que je l'aide pour la scolarité du grand, ce que je ne fais plus depuis 2 ans et elle trouve ça i-nad-mi-ssible que moi, 4 fois plus pauvre qu'elle je refuse désormais de l'aider. Probablement parce que j'ai pas les moyens d'aller me détendre au spa, je dois être vraiment trop contractée pour comprendre. Mais rassurons-nous, elle rajoute en bis repetita "enfin, tu ne peux pas comprendre, tu n'as pas d'enfant, toi". C'est sûr *je t'en prie, déguste à nouveau, c'est cadeau de la maison*
- pas de travail, pas d'allocation, la misère absolue de ce côté-ci et aucune perspective, et celle qui rentre de 3 semaines au bord de la mer qui me dit "non mais attends tu ne peux pas imaginer le stress que c'est, comment c'est trop difficile de passer de la plage au bureau, des journées à boire un cocktail sur la jetée, d'aller faire des virées en bateau, et de retrouver la ville et le métro...tu sais quoi ? J'ai même fait un stage de voile... alors là reprendre le boulot, tu peux pas te rendre compte comme c'est difficile". Ben non, vraiment pas. Je n'ai vu ni la mer, ni fait de la voile. Mais je ne sais pas non plus ce que c'est de prendre le métro pour aller fièrement gagner un peu d'argent. Je n'ai pas le plaisir inouï d'entrer dans un bureau où tout ce que j'ai à faire de la journée c'est répondre au courrier, le classer, et le déplacer d'étage en étage avec un petit chariot, d'avoir les repas gratos sur place, de partir quand je le souhaite le soir, de pouvoir aménager mon temps de travail, d'avoir un boss tellement chouette qu'il considère "boulot fini journée terminée" et qu'il lui offre sa carte transport. Le tout pour 1.700€ par mois. Pour ce salaire là, je ferais à peu près n'importe quoi. Même si c'est dégradant, humiliant voire avilissant. Et pour son boulot à elle précisément, je le ferais volontiers pour 2 fois moins. Et avec le sourire encore. Si elle avait un boulot terrible comme bosser dans les abattoirs ou pénible comme bosser sur les chantiers. Non... ces gens-là ne se plaignent pas, eux. Mais comment expliquer ça à quelqu'un trop gâté par la vie, à qui on a offert ce boulot sur un plateau, qui n'a jamais eu à se battre ou à bouffer ce qu'elle ramassait dans les poubelles ? ça ne servirait à rien, autant expliquer la physique quantique à un hamster. Alors *déguste à nouveau, bois-donc jusqu'à la lie*... mais raccroche au nez de la fille aussi, parce que là c'était vraiment pas le jour. Ni la semaine. Ni le mois d'ailleurs.
- un mari qui souffre d'un trouble mental, et cette fille qui pleurniche en continu "non mais attends tu n'imagines pas ce que c'est, mon père il a Alzheimer et c'est trop infernal à gérer, bon ok, on ne va le voir que tous les 6 mois dans sa maison de retraite mais c'est juste insupportable d'y aller surtout là en septembre parce qu'à Noel on n'y va plus, on a autre chose à faire quand même, enfin toi tu ne peux pas comprendre ". Ben non c'est sûr, moi j'ai juste à gérer quelque chose de proche 24h/24, sans la moindre aide, sans le moindre soutien autre que 2 de mes amis, parce qu'un est juste un mec bien et l'autre a sa maman qui est malade aussi alors il sait... et que parfois quand c'est trop compliqué on se retrouve tous les 2 dans une voiture, on chiale comme des gamins parce qu'on en peut plus...et que juste pouvoir s'asseoir à côté de quelqu'un et laisser sortir sa détresse ça console un tout petit peu. A peine... mais on prend, faute de mieux...
Je n'ai même pas voulu entendre les dernières remarques qui pleuvent en continu en ce moment. J'ai pété un boulon. Un gros. Je crois même que ça a fait péter toute la mécanique comme une réaction en chaîne. Un effet papillon.
- Parce que je n'ai pas eu de vacances, et que j'en avais bien besoin, oui, moi aussi. Je suis fatiguée, je suis malade, je suis à bouts de nerfs. Je n'ai pas démérité par rapport à quelqu'un qui reste toute l'année le cul sur une chaise à jouer sur le web pendant ses heures de travail. Je gère ma maison, je me débrouille bien avec un budget ridicule, je fais des travaux que normalement une entreprise devrait faire, je fais un jardin, je suis bénévole, je gère un homme dont les soucis mentaux vont en s’aggravant, je bricole à perte comme un enfant chinois dans sa cave pour essayer de faire rentrer de l'argent, de jour comme de nuit je n'arrête jamais. Voilà.
- Parce que je n'ai pas d'enfant, et que j'en ai marre que ceux qui en ont ne se soucient pas un seul instant du chagrin qu'ils me font à enfoncer le couteau dans la plaie, et à bieeeeen tourner jusqu'à ce que ça saigne bien bien fort. Un tout petit peu de délicatesse c'est possible, ma copine Sophie fait ça très bien, elle sait comme ça me rend malheureuse, elle n'a pas hésité à débarquer avec sa mini calamité sous le bras sous un faux prétexte, pour que je m'éclate moi aussi un peu à acheter des cahiers Monster High et des trousses Hello Kitty et des chaussures roses avec un nœud dessus, ça lui a coûté de l'argent de venir pour ça, elle n'a pas hésité une seule minute à faire les 530km qui nous séparent, et les + de 6h de route qui vont avec, sous prétexte que ça lui ferait des vacances, ça leur ferait prendre l'air, que ça lui permettrait de me mettre à jour côté culture télévisuelle, et de manger du popcorn au beurre sans chichi affalée sur mon canapé. Une façon toute douce de faire de son mieux pour que je sois moins triste. Si elle peut le faire, les autres devraient pouvoir au moins ne pas me renvoyer sans arrêt dans la figure que "moi" je n'ai pas la chance d'avoir leurs emmerdes oh pardon... leurs enfants.
- Parce que j'en ai marre du mec qui m'a parlé 45 mn (oui !) de sa piqûre de méduse mais n'a même pas demandé pourquoi j'avais fini aux urgences. Ni si ça allait d'ailleurs (de toute façon les gens ne demandent que pour la forme, ils s'en foutent de la réponse, et même si on peut répondre "ça va" sans en rajouter ça leur convient parfaitement)
- Parce que non, ma vie n'est pas facile, que je me bats chaque jour pour faire rentrer euro par euro, en vendant mes affaires, en fabriquant des choses que je brade parce que ben... pas le choix. Tout ça pour payer les factures en temps et en heure...pour me rendre compte que mon mari a utilisé mon compte ebay pour acheter une figurine qu'il a déjà, en payant avec mon compte paypal, qui se retrouve un peu liquidé, et qu'il vient comme une fleur me dire "oh bon c'est pas grave c'est 36€ et quelques, t'as qu'à la revendre"... QUI va me la racheter, hein ? Je sais déjà : personne. Ou alors pour rien du tout, je vais de toute façon perdre au minimum la moitié de la somme, je pense plutôt aux 2/3. C'est pas pour la somme en elle-même, c'est pour les jours et les jours que ça m'a pris de les gagner ces 36€ et quelques, toute l'énergie, tout le temps passé à bricoler à en perdre la vue et le reste de la santé aussi. Et tout le temps que je vais perdre à nouveau pour m'en débarrasser alors que j'ai déjà tellement à faire.
- Parce que j'ai ma livebox qui a pété, et que quand je suis allée chez Orange on m'a dit "ahhh mais non madame, vous ne pouvez pas en racheter une, maintenant il faut la louer". 3€ par mois, vous me direz c'est rien. Ben pour moi si. Ma livebox je l'avais achetée dans les 70€, en 2 ans c'était amorti, elle a tenu environ 8 ans. En 8 ans, celle-ci va me coûter près de 300€. C'est juste monstrueux et c'est simplement dégueulasse. Alors je vais devoir en mars renoncer à mon mini forfait téléphone mobile, pour compenser. Parce que Mr ne renoncera pas au sien, qui est en tout illimité et coûte un bras. Dans le même genre de renoncement les taxes locales qui explosent, le prix de l'électricité aussi, le fioul pour le chauffage... je commence à me demander comment je vais faire, parce que rogner encore, c'est toujours possible, mais jusqu'où ?! Si jamais il y a la taxe environnement en + alors là je le dis tout de go : il y aura des choix difficiles à faire, ce sera le chauffage qui sera coupé. Je pourrais renoncer à la mutuelle sauf que je ne peux pas y renoncer, elle est prise automatiquement sur le seul micro revenu du foyer (oui, on ne nous laisse pas le choix, elle fait maintenant partie du contrat de travail, excellent, elle est + chère qu'une mutuelle normale... et ne rembourse pas mieux du tout). Ce qui veut dire un autre hiver sans chauffage, et je me retrouverai à payer une taxe.... alors que le chauffage en question ne fonctionnera pas faute de pouvoir remplir la cuve (ah bah oui, c'est fuel ou taxe). Moi je dis bravo. Non, je ne peux pas changer de système de chauffage. Je voudrais bien avoir un chauffage écolo blablabla, mais je ne peux pas financièrement. Désolée d'être pauvre
- Parce que j'ai passé des semaines à tout ranger dans le sous-sol, pour que Mr puisse avoir sa pièce à lui, comme moi (juste 2 fois + grande que la mienne et il n'y met JAMAIS les pieds) et un atelier. J'étais toute contente si vous vous souvenez bien quand je vous avais montré les photos, c'était PROPRE. Je vous expliquerais bien le problème, mais je crois que les photos seront plus parlantes (sur le blog privé merci). Je crois que vous comprendrez ma détresse et mon désespoir
- Parce que j'ai passé des mois et des mois à me battre contre l'entreprise qui embauche Mr, que j'avais obtenu plein d'avantages pour lui, et qu'il a signé un contrat, un nouveau, en fin d'année, qui remet tout à zéro ou presque. Des mois de bataille pour rien. Et que pour couronner le tout j'ai découvert juste à temps il y a peu qu'il a bien failli en signer un autre, qui grosso modo lui aurait donné 2 fois plus de travail et encore moins d'argent (je ne sais pas comment c'est possible, mais ça semble l'être). Enormissime colère de ma part, c'était non, ou alors cette fois je m'en allais. Je sais que si je pars, je pars sans rien. Ses parents qui ne se sont jamais souciés de lui n'hésiteront pas à me sucer jusqu'à la dernière goutte de sang, trop contents d'avoir la main mise sur leur fils, qui ne tiendrait pas le choc chez eux plus de 2 semaines.... J'ai mis + de 20 ans à faire de leur fils quelqu'un d'à peu près indépendant, à lui faire avoir et garder un travail, à lui enlever ses doutes et ensuite à le soigner, à prendre soin de lui, le sortir de la merde quand il fallait. Le soutenir même quand je n'aurais pas du. Et tout ce que j'y ai gagné c'est du mépris. Je sais que si je pars, je n'aurai droit à rien. Si je pars, ma seule option s'est de dépendre totalement de quelqu'un, et il n'y aurait dans ce cas que 2 personnes pour me prendre en charge, personnes que j'aime et dont je refuserais la charité parce que je ne voudrais pour rien au monde qu'ils se méprennent sur ce qui me fait les aimer. Alors si je pars, je me condamne toute seule à en finir. Sauf que parfois l'idée est moins pénible que de me dire que je vais devoir continuer comme ça. Et là je repense au mec qui m'a sournoisement demandé si je ne souffrirais pas du syndrome de Stockholm. Et j'ai un peu envie de rire. Ou de me faire seppuku. Au choix
Vous savez ce qui est pire dans tout ça ? C'est que même dans la situation un tout petit peu catastrophique qui est la mienne, je pourrais aller bien. Parce que je sais qu'il y a des gens qui sont à la rue, des gens dont personne ne veut, des gens qui n'ont pas un toit même s'il est tout percé comme le mien, des gens qui sont encore + malades, des gens qui ont mal dans leur vie, dans leur corps, dans leur tête. Je pourrais aller bien. Mais je ne peux pas, parce qu'il y a sans arrêt quelqu'un qui vient se plaindre à moi (au lieu d'aller se plaindre à quelqu'un de mieux loti) de sa situation a-tro-ce qui perso me fait tout bonnement rêver.
Et ? Ben rien, c'est juste un constat. Un constat de fatigue, de très très grosse fatigue. De ras-le-bol. Oh ça passera hein, comme le reste. Parce que pas le choix. Mais quand même.... si vous faites partie des gâtés de la vie, soyez gentils, faites donc un truc bien : avant de vous plaindre de reprendre le boulot, de la reprise de l'école, ou de je ne sais pas quoi pensez au gens qui -eux- aimeraient vraiment beaucoup avoir vos problèmes, et même si possible les échanger contre les leurs. Merci.

je viens demain et je vais t'aider
RépondreSupprimerc'est pas une offre je viens et pas question de dire non tu as besoin d'aide tu es trop fatiguée et je serai là
s'il faut que je flanque quelques baffes pour qu'on te fiche la paix je ferai
gros gros bisous ma chouquette
J-Luc