J'ai toujours pensé que j'étais timide, mais non, finalement j'ai fini par comprendre que ce n'est pas le problème. J'ai grandit seule, avec des parents complètement cinglés qui ont tout fait pour me couper du monde, j'ai compris + tard pourquoi... mais le mal était déjà fait. Quand depuis tout petit on vous fait avoir peur des gens, quand vous grandissez avec des parents tout puissants qui vous martèlent que dire bonjour c'est vulgaire, pas poli, quand à l'école les gens savent ce qui se passe chez vous mais n'interviennent pas vous laissant désemparé et convaincu que quoi que vous tentiez vous ne pourriez pas trouver d'aide, vous finissez en adulte totalement inadapté à la vie en société. Je dis toujours que les seules personnes qui peuvent me comprendre vraiment sont ceux qui sont passés par une secte, ont eu un bon gros lavage de cerveau, en sont sortis, et tentent de façon un peu désespérée de s'adapter, autant qu'il est encore possible de le faire.
Me rendre compte que je n'étais pas vraiment timide, juste que je ne savais pas comment faire avec les gens, ça m'a aidée. Un peu. Mais je reste toujours coincée quelque part, parce que je ne sais pas où sont les limites. Je ne sais pas si je peux/dois/devrais parler et à qui, je ne sais pas jusqu'à quel degré je peux entrer en contact physique avec les gens. J'ai grandit sans la moindre affection et suis plutôt du genre très affectueuse, je ne sais jamais si je dois serrer une main, ou faire un signe de tête, ou même faire la bise à quelqu'un. Je ne sais pas si je peux prendre dans mes bras quelqu'un. Je ne sais pas si je peux tenir la main ou le bras de quelqu'un dont je suis proche parce qu'on marche dans un parc et que j'aimerais bien oui mais voilà, est-ce que je peux ? Est-ce que c'est acceptable ?
Il m'arrive même d'être complètement paralysée parce que mon coeur me dit oui, mon cerveau me dit non, et je me retrouve en bagarre contre moi-même, totalement immobile, avec quelqu'un face à moi qui me regarde incrédule, parce que je suis piquée là, littéralement statufiée, et que même si j'ai honte de rester là comme une gourde, je n'arrive pas à me décider, donc à faire quoi que ce soit. Mr Superman me dit toujours "stop freezing, just do it"... j'aimerais bien !
Même quand je suis plus proche de quelqu'un, il m'arrive souvent d'avoir des petits gestes tendres, et 9 fois sur 10 je me rends compte trop tard que c'était déplacé. Ou mal interprété. Par exemple je parlais des expressions faciales avec un ami à moi, et je lui expliquais que quand ça ne va pas, il a une ride qui se marque, là, au milieu du front. J'ai touché son front avec mon doigt pour dessiner la ride en question. Après je ne suis plus jamais entrée en contact physique avec lui, j'ai lu un reproche terrible dans ses yeux. Pareil avec un autre, qui avait de la peine, pleurait, je l'ai pris dans mes bras en lui caressant doucement les cheveux... ouille... plus jamais... je me suis ramassé la plus belle engueulade de ma vie... Alors quand je suis avec quelqu'un et que nous sommes assis, je glisse mes mains sous mes cuisses, pour m'auto bloquer. Si je suis debout, je garde les mains au fond de mes poches, je me concentre pour ne pas les sortir. Et c'est comme ça que parfois j'aimerais consoler, et je n'ose plus...et ça tombe mal parce que là, la personne aurait aimé que. Je fais comment, moi, pour savoir ?!
Il y a aussi ceux qui ne sont pas des amis, et qui interprètent mal, comme ce type que nous connaissons, qui portait son bébé, que j'avais déjà copieusement tripatouillé (le bébé, pas le mec). Pour dire au revoir à ce petit bout de chou, je lui fais une petite caresse sur son petit jambonneau dodu, sauf que j'ai effleuré le bras du mec, et même si je lui ai dit "désolée" (dans le doute) ensuite il m'a fait des propositions pendant des semaines. Merde.
Pareil quand je parle avec quelqu'un. Les gens m'appellent Bones à cause de la série, il parait que je réponds un peu comme Temperance, je ne sais pas, je ne me rend pas compte. Quand on me pose une question, je réponds. Franchement. Un peu trop peut-être, certainement... sur n'importe quel sujet. D'une façon très... analytique. Et ça ne passe pas. Alors je ne parle plus trop (mais je n'en pense pas moins ^^) quand je suis en public. J'ai découvert avec le temps que les gens posent une question mais ne veulent surtout pas une réponse, enfin pas une réponse franche. Ils veulent qu'on leur dise ce qu'ils ont envie d'entendre... et je ne sais pas faire. Ou alors ils posent juste la question comme ça, sans s'intéresser à la réponse. Genre question "sociale-pour-faire-bien-et-meubler-la-conversation". Je déteste meubler, je m'ennuie. Je ne sais pas faire non plus. Alors je me tais. Même, pour éviter d'avoir à répondre, je baisse le nez pour fuir les regards. Y'a toujours le kamikaze de service qui se dit tiens, on va lui poser une question bien crue, histoire de la faire rougir, parce qu'il prend ça pour de la timidité maladive. Il en est pour ses frais, quand il découvre que je réponds, sans rougir, en le regardant dans les yeux pendant que je lui sors une vérité qu'il ne voulait surtout pas entendre. J'évite donc les petites soirées entre pas-amis
Mais hier j'ai fait une découverte de +..... j'étais de sortie avec Messieurs Superman et Dimitri, pour aller chercher des cadres et quelques petits flacons en verre et racks en métal (pour mettre mes petites affaires cosmétiques voui, je suis une pintade en devenir), chez Maisons du Monde si vous voulez tout savoir. J'étais bien, parce qu'avec eux je sais quoi dire ou faire, on en a parlé, longuement, je leur ai expliqué, ils m'ont répondu, les limites sont claires (y'en a pas, juste si c'est très perso je le signale avant de poser ma question, et comme je suis moi, je rajoute qu'il n'y a aucune obligation de me répondre), alors je suis suuuuuper détendue, pas besoin de m'angoisser pour rien. J'étais VRAIMENT bien. Quand je vais dans ce magasin, ils sont hyper polis, et moi j'aime bien. J'aime qu'on me dise bonjour madame, au revoir madame, merci madame. Je suis très vieille France. De même je dis toujours "je vous remercie", "passez une bonne journée", "puis-je vous aider ?", "je vous prie de m'excuser" si je bouscule quelqu'un etc... Je suis démodée non ? si ? Tant pis...
Alors j'aime bien aller chez eux MAIS je n'ai jamais de discussion au delà de la simple politesse. Pourtant cette fois, j'ai eu droit à un long échange, cordial, et vraiment... comment dire... une vraie conversation quoi. Je me demandais si c'était la présence de ces messieurs. Avant de quitter le magasin, ça me démangeait trop, j'ai demandé à la fille pourquoi elle me parlait alors que jamais elle ne l'avait fait avant, j'ai rajouté (pour ne pas trop l'effrayer quand même mwarf) que ça me faisait tellement plaisir. Elle m'a regardée en souriant et m'a dit "ben....ça fait plaisir de vous voir avec le sourire, les autres fois vous avez l'air tellement malheureuse que je ne sais pas quoi vous dire"...
Ben zut alors.... Leçons apprises hier :
1/ Le bonheur rend les gens aimables, quand ça va bien, j'ai le droit de le montrer
2/ Ne pas montrer aux autres qu'on a des problèmes par politesse est illusoire, ils ne sont pas aveugles
3/ si ça se trouve, quand je crois que quelqu'un me déteste, c'est peut-être juste qu'il ne sait pas quoi me dire ou comment me le dire ???
Il n'est pas impossible qu'un jour, je sache tout bien faire comme il faut. Y'a encore du boulot, beaucoup de boulot....
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